Dikkenek a divisé la presse et le public à sa sortie, ovni vulgaire pour certains, film culte pour les autres. Tout aussi audacieux, le chef Samir Smara ne recule devant rien pour surprendre ses clients avec sa cuisine. Vous reprendrez bien un peu de croquettes de rognons ?

LE PITCH

JC est un dikkenek, une grande gueule bien peignée, un tombeur de minettes. Stef rame carrément plus. Ensemble, les amis d’enfance vont chercher le grand amour avec un plan bien établi, du point A au point G. Les punchlines fusent, les baffes pleuvent, François Damiens a les cheveux qui collent et Marion Cotillard découvre la « schnouf ». Rien ni personne n’est épargné par le réalisateur Olivier Van Hoofstadt, bienvenue en Belgique.

bande annonce du film

Pourquoi as-tu choisi ce film ?

Parce qu’il déchire, c’est complètement mon humour (rires). En fait c’est un peu gris et moi je suis quelqu’un comme ça. Je trouve ça old school, trash, sale mais pas trop. Et puis j’adore la Belgique, c’est un super pays. Je parle flamand donc c’était logique. Dikkenek ça vient de chez moi de Limbourg. En fait y a les dikkeneks : les gros coups, ceux qui se la pètent et les « bourgs ». Nous on est les « bourgs », les fermiers. Dans toutes mes cuisines, on parle le dikkenek. Tu regardes ton gars et tu lui sors « t’es poli ou t’es pas poli ?! ». C’est toutes ces punchlines qui m’ont nourri parce que partout où j’ai travaillé, on connaît Dikkenek. C’est un bon moyen de connaître ton chef de parti et d’ouvrir d’autres choses avec tes équipes.

Le film est une co-production franço-belge, quelle cuisine étrangère aimes-tu mélanger ?

La cuisine asiatique elle est assise, elle est présente partout, c’est une valeur sûre. Moi je pense que la future cuisine sera Portugaise. Je travaille beaucoup leurs desserts ici. J’ai une cuisine très féminine alors ça m’amuse de jouer avec le côté un peu bourrin de la cuisine portugaise. Ils travaillent des crèmes au beurre, nous on va revisiter des pâtissières au yaourt plutôt. La cuisine belge c’est compliqué (rires), c’est toujours des plats en sauce. Mais j’aime bien mettre un peu de Belgique dans mes cartes comme un burger à la joue de bœuf façon carbonade avec de la Grimbergen.

À sa sortie, le film a eu de mauvaises critiques presse mais de très bonnes du public. En tant que cuisinier, que préfèrerais-tu ?

Public. Presse je sais pas, moi j’ai un peu peur des médias actuels. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de liberté d’expression donc je préfère connaître l’avis du peuple directement. Et je crois beaucoup au bouche à oreille.

« The Big Lebowski » et « Dikkenek » sont passés d’incompris à films cultes. Quels plats ont connu ça d’après toi ?

La cuisine française est tellement riche que je me demande quel plat on mangeait avant, qu’on ne mange plus maintenant. On fait toujours des pot au feu, du bœuf bourguignon… Mais dans les plats oubliés qui reviennent à la mode, en ce moment je dirais les parmentiers de canard ou autre. J’en vois dans toutes les cuisines.

Dikkenek c’est plus une série de sketchs qu’une véritable trame scénaristique. En cuisine, tu recommandes une série de tapas ou une formule entrée-plat-dessert ?

Je suis un peu partagé. Parfois je pense qu’une formule entrée – plat – dessert est nécessaire pour comprendre et pour vraiment manger à ta faim. Les tapas avec les copains c’est super comme moment de partage mais je pense que ça va passer. Maintenant la bouffe c’est comme la mode, t’as des collections, des tendances. Les chefs sont devenus des gens hypes et cool, y a 10ans tu disais que t’étais chef, pas une meuf t’aurais regardé. C’est marrant, mon patron il a mis à la carte justement « carte mi-saison automne-hiver », il a absolument raison, c’est devenu de la mode.

Les personnages sont loin d’être glamour et je sais que dans ta cuisine tu aimes cuisiner des produits mal perçus, pourquoi ?

Clairement, mais ça m’est venu ici. Regarde le lieu, t’as envie de faire des têtes de veau et des rognons (rires). Franchement en tant que chef, faire manger des têtes de veau à des jeunes qui me disent que c’était trop bon, c’est génial, c’est ça que je veux. Je ne suis pas une star, je suis un ancien graffeur de métro. On n’est pas là pour lancer une mode, on est là pour se faire plaisir.

Quelle recette as-tu faite ?

Un Waterzoï au saumon et ses spaghettis de légumes. C’est une poule au pot belge que je revisite complètement en incorporant de l’estragon. Je voulais détourner une recette belge pour faire honneur à ce film.

Restaurant Chez Les Artistes

25 Rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris
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A vous la parole :)

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